—Et vraiment tu l'aimes?

—Voyons! vous demandez ça; puisque je me suis donnée à lui! Vous croyez que c'est par intérêt? J'aurais trouvé dix fois plus riche; mais il me plaisait, lui. Il a de l'instruction; il va souvent dans les coulisses de l'Opéra et il sait tous les airs. D'ailleurs, moi, je ne suis pas intéressée; j'ai des compagnes qui me disent que je suis une niaise, que j'ai tort d'écouter mon coeur et que je finirai sur la paille. Qu'est-ce que ça fait? que je leur réponds, je n'en ai pas eu toujours pour dormir, de la paille! Je n'en aurais pas eu pour mourir en Russie! Mais adieu, mon prince. Vous avez bien assez de mon caquet, et moi...

—Et toi, tu veux t'en aller trouver ton Figaro? Allons, c'est absurde qu'une gentille enfant comme toi appartienne à un homme comme ça. Veux-tu m'aimer, moi?

—Vous? Ah! mon Dieu, qu'est-ce que vous me chantez là?

—Je ne suis pas fier, tu vois...

—Vous auriez tort, monsieur! dit Francia à qui le sang monta au visage. Il ne faut pas qu'un homme comme vous ait une idée dont il serait honteux après! Moi, je ne suis rien, mais je ne me laisse pas humilier. On m'a fait des peines, mais j'en suis toujours sortie la tête haute.

—Allons, ne le prends pas comme ça! Tu me plais, tu me plais beaucoup, et tu me chagrineras si tu refuses d'être plus heureuse, grâce à moi. Je veux te rendre libre... Te payer, non! Je vois que tu as de la fierté et aucun calcul; mais je te mettrai à même de mieux vêtir et de mieux occuper ton frère. Je lui chercherai un état, je le prendrai à mon service, si tu veux.

—Oh! merci, monsieur; jamais je ne souffrirai mon frère domestique; nous sommes des enfants bien nés, nous sortons des artistes. Nous ne le sommes pas, nous n'avons pas eu la chance d'apprendre, mais nous ne voulons pas dépendre.

—Tu m'étonnes de plus en plus; voyons, de quoi as-tu envie?

—De m'en aller chez nous, monsieur; ne me barrez donc pas la porte!