—J'aimais bien ce pays-là! nous étions heureux! mais j'aime encore mieux mon Paris. Vous n'êtes pas pour y rester. Ce serait malheureux de m'attacher à vous pour vous perdre tout à coup!
—Nous resterons peut-être longtemps, jusqu'à la signature de la paix.
—Longtemps, ça n'est pas assez. Moi, quand je me mets à aimer, je veux pouvoir croire que c'est pour toujours; autrement je ne pourrais pas aimer!
—Drôle de fille! Vraiment tu crois que tu aimeras toujours ton perruquier?
—Je l'ai cru quand je l'ai écouté. Il me promettait le bonheur, lui aussi. Ils promettent tous d'être bons et fidèles.
—Et il n'est ni fidèle, ni bon?
—Je ne veux pas me plaindre de lui; je ne suis pas venue ici pour ça!
—Mais ton pauvre coeur s'en plaint malgré lui. Allons, tu ne l'aimes plus que par devoir, comme on aime un mauvais mari, et comme il n'est pas ton mari, tu as le droit de le quitter.
Francia, qui ne raisonnait guère, trouva le raisonnement du prince très-fort et ne sut y répondre. Il lui semblait qu'il avait raison et qu'il lui révélait le dégoût qui s'était fait en elle depuis longtemps déjà. Mourzakine vit qu'il l'avait à demi persuadée et, lui prenant les deux mains dans une des siennes, il voulut lui ôter son petit châle bleu qu'elle tenait serré autour de sa taille, habitude qu'elle avait prise depuis qu'elle possédait ce précieux tissu français imprimé, qui valait bien dix francs.
—Ne m'abîmez pas mon châle! s'écria-t-elle naïvement, je n'ai que celui-là.