—Bien sûr, que je veux travailler! répondit-il en frappant du pied d'un air résolu. Je suis content de ne rien devoir aux autres. Il y a assez longtemps que ça dure. Alors, je m'en vais, je prends un col blanc pour avoir une tenue présentable, un air comme il faut, et mes souliers neufs, puisqu'il y aura des courses à faire. Quand j'aurai besoin d'autre chose, je viendrai le chercher. Adieu, Fafa; je te laisse heureuse, j'espère!... D'ailleurs je reviendrai te voir.
—Tu t'en vas comme ça, tout de suite? dit Francia, dont le coeur se serra à l'idée de rester seule.
Elle n'était pas bien sûre de la fermeté de résolution de son frère. Habituée à le surveiller autant que possible, à le gronder quand il rentrait tard, elle l'avait empêché d'arriver au désordre absolu. N'allait-il pas y tomber maintenant qu'il ne craindrait plus ses reproches?
—Qu'est-ce que tu veux que je fasse ici? répondit-il le coeur gros; c'est joli, ici, c'est cossu même. J'y serais trop bien, je m'ennuierais, je serais comme un oiseau en cage. Il faut que je trotte, moi, que j'avale de l'air, que je voie des figures! Celle de ton prince ne me va guère, et la mienne ne lui va pas du tout. Et puis, c'est un étranger, un coalisé! Tu auras beau dire..., ça me remue le sang.
—C'est un ennemi, j'en conviens, dit Francia; mais sans lui tu ne m'aurais pas, et sans lui nous n'aurions pas de chance de retrouver notre mère.
—Eh bien! si on la retrouve, ça changera! Elle sera malheureuse, on travaillera pour la nourrir. Je m'en vais travailler!
—Vrai?
—Quand je te le dis!
—Tu m'as promis si souvent!
—A présent, c'est pour de vrai, faut bien, à moins d'être méprisé!