—Non, mon oncle, elle n'est pas jolie, répondit à voix basse Mourzakine, qui frémissait de rage.
—Je veux entrer dans la loge, ouvre! Fais donc ce que je te dis! ajouta le comte d'un ton sec qui ne souffrait pas de réplique.
Mourzakine lutta comme on peut lutter contre le pouvoir absolu.
—Non, cher oncle, dit-il en affectant une gaîté qu'il était loin de ressentir, je vous en prie, ne la voyez pas. Vous êtes un rival trop dangereux; vous m'avez mis au plus mal avec la belle marquise, laissez-moi ce petit échantillon de Paris, qui n'est vraiment pas digne de vous.
—Si tu dis la vérité, reprit tranquillement le comte, tu n'as rien à craindre. Allons, ouvre cette porte, te dis-je, ou je l'ouvrirai moi-même.
Mourzakine essaya d'obéir, il ne put le faire; il se sentit comme paralysé. Ogokskoï ouvrit la loge et, laissant la porte ouverte pour y faire pénétrer la lumière du couloir, il regarda très-attentivement Francia, qui se retournait avec surprise. Au bout d'un instant, il revint à son neveu en disant:
—Tu m'as menti, Diomiditch, elle est jolie comme un ange. Je veux savoir à présent si elle a de l'esprit. Va-t'en là-haut saluer monsieur et madame de Thièvre.
—Là-haut? Madame de Thièvre est ici?
—Oui, et elle sait que tu t'y trouves. Je t'avais aperçu déjà, je lui ai annoncé que tu comptais venir la saluer. Va! va donc! m'entends-tu? Sa loge est tout juste au-dessus de la tienne.
Ogokskoï parlait en maître, et, malgré la douceur railleuse de ses intonations, Diomiditch savait très-bien ce qu'elles signifiaient. Il se résigna à le laisser seul avec sa maîtresse. Quel danger pouvait-elle courir en plein théâtre? Pourtant une idée sauvage lui entra soudainement dans l'esprit.