—En ce cas, répondit Francia, je prendrai tout de suite un autre fiacre; je suis fatiguée, je voudrais rentrer.

Venez, dit le comte en lui offrant son bras, qu'elle eut de la peine à atteindre, tant elle était petite et tant il était grand.

Il trouva très-vite un fiacre et s'y assit auprès d'elle en lui jurant qu'il ne laisserait pas une jolie fille adorée de son neveu sous la garde d'un cocher de sapin.

Il avait dit tout bas au cocher de prendre les boulevards et de les suivre au pas en remontant du côté de la Bastille. Francia, qui connaissait son Paris, s'aperçut bientôt de cette fausse route et en fit l'observation au comte.

—Qu'importe? lui dit-il; l'animal est ivre, ou il dort, nous pouvons causer tranquillement, et j'ai à causer avec vous de choses très-graves pour vous. Vous aimez mon neveu, et il vous aime; mais vous êtes libre, et il ne l'est pas. Une très-belle dame que vous ne connaissez pas...

—Madame de Thièvre! s'écria Francia frappée au coeur.

—Moi, je ne nomme personne, reprit le comte; il me suffit de vous dire qu'une belle dame a sur son coeur des droits antérieurs aux vôtres, et qu'en ce moment elle les réclame.

—C'est-à-dire qu'il est, non pas chez l'empereur, mais chez cette dame.

—Vous avez parfaitement saisi; il m'a chargé de vous distraire ou de vous ramener. Que choisissez-vous? Un bon petit souper au Cadran-Bleu, ou un simple tour de promenade dans cette voiture?

—Je veux m'en aller chez moi bien vite.