CHAPITRE HUITIEME.
Suite des lettres.—Enrôlement volontaire.—Elan militaire de la jeunesse de 1798.—Lettre de Latour-d'Auvergne.—La gamelle.—Cologne.—Le général d'Harville.—Caulaincourt.—Le capitaine Fleury.—Amour de la patrie.—Durosnel.
LETTRE II.
«Paris, 6 vendémiaire an VII (7 septembre 1798).
«Je t'écris, ma bonne mère, de chez notre Navarrais[22]. La loi de la conscription, proclamée ce matin, et qui ordonne de répondre dans vingt-six jours, m'empêche d'attendre ta réponse et me détermine à prendre le parti dont je t'ai parlé. Nous allons tous les deux ce matin chez le capitaine des chasseurs, afin de terminer cette affaire. Ne t'inquiète pas, ma bonne mère; il s'agit d'aller en garnison à Bruxelles et non point au feu de l'ennemi. J'aurai probablement un congé ou une ordonnance qui me forcera de venir bientôt t'embrasser. Tous les jeunes gens ici ont la tête ou la figure à l'envers. Toutes les jolies femmes et les bonnes mères se désolent. Mais il n'y a pas de quoi, je t'assure; je vais endosser le dolman vert, prendre le grand sabre et laisser croître mes moustaches. Te voilà mère d'un défenseur de la patrie, et ayant droit au milliard. C'est un profit tout clair. Allons, ma bonne mère, ne t'afflige pas. Tu me reverras bientôt.»
LETTRE III.
«7 vendémiaire an VII (septembre 98).
«Je suis volontaire. J'ai le grand sabre, la toque rouge et le dolman vert. Quant à mes moustaches, elles ne sont pas encore aussi longues que je pourrais le désirer: mais cela viendra. Déjà on tremble à mon aspect, du moins je l'espère. Allons, ma chère bonne mère, ne t'afflige pas.
«Je suis soldat; mais le maréchal de Saxe n'a-t-il pas servi volontairement dans ce poste pendant deux ans? Toi-même tu reconnaissais que j'étais en âge de chercher un état. Je tergiversais sur le choix, parce que tu craignais trop la guerre. Mais, au fond, je désirais être forcé par les circonstances de suivre mes inclinations. Le fait est arrivé. Je serais heureux de cela sans la douleur de te quitter et sans tes inquiétudes qui me déchirent; mais je t'assure, ma bonne mère, que là où je vais, on ne se bat pas, et que j'aurai souvent des congés pour te voir. Allons, ton chasseur t'embrasse de toute son ame. Il y a dans le régiment une place vacante de trompette. Propose-la au père Deschartres. J'embrasse ma bonne. Adieu, adieu, je t'aime.»