PARIS, 1855.
LEIPZIG, CHEZ WOLFGANG GERHARD.

CHAPITRE DIX-SEPTIEME.

1802. Fragmens de lettres. Les beaux du beau monde. Etudes musicales. Les Anglais à Paris. Retour du luxe.—Fête du Concordat. La cérémonie à Notre-Dame. Attitude des généraux.—Deschartres à Paris.—Départ pour Charleville.—Réponse à Deschartres.—Déboires de la fonction d'aide-de-camp en temps de paix.

1802.

Maurice retourna à Paris vers la fin de 1801. Il écrivit avec la même exactitude que par le passé. Mais ses lettres ne sont plus les mêmes. Ce ne sont plus les mêmes épanchemens, la même insouciance, ou, s'il y a insouciance, elle est parfois un peu forcée. Evidemment, la pauvre mère a une rivale; sa tendre jalousie a fait éclore le mal qu'elle redoutait.

De frimaire an X, jusqu'en floréal de la même année, ses lettres contiennent des appréciations intéressantes sur le monde qu'il voit et qu'il traverse de sa pensée. Je ne sais où prendre, pour en donner ici un extrait. Toutes sont charmantes. Il y dépeint la société parisienne posant devant les Anglais venus à Paris avec Fox. Il raconte la fête du Concordat, et son opinion personnelle est celle du milieu militaire qui l'entoure; mais je ne citerai dans ce feuilleton que les passages relatifs à sa propre histoire.

«Du 4 nivose an X.

«.... C'est aujourd'hui que nous avons célébré l'anniversaire du fameux passage[31]. Presque toute l'aile droite était réunie chez mon général. On ne se doutait pas qu'il y aurait des couplets. Je fis un gros paquet de mauvais vers que son domestique fut chargé d'apporter au milieu du dîner. Le général décachète avec empressement, et le voilà de pouffer de rire.

«C'était toute une relation héroïco-burlesque de l'affaire. Il la lut tout haut, et chacun de rire aussi, en se récriant sur la véracité des faits. Je fus vite deviné, et on voulut me faire chanter mon œuvre; mais pour ne pas recommencer ce qui avait été déjà lu, je chantai une kyrielle d'autres couplets sur le même sujet. Cela m'a couvert de gloire à bon marché. On s'est levé de table en riant et en chantant, et en rentrant au salon, nous nous sommes tous embrassés les uns les autres, Dupont commençant par moi. Si jamais on a vu de l'égalité et de la fraternité régner tout de bon parmi quelques hommes, c'était bien entre nous dans ce moment là.»