Il est donc temps que je vous instruise de mes secrets, afin que l'habileté vous sauve de la force quand vous ne m'aurez plus. Venez avec moi.

Là-dessus M. Bourdon monta dans son carrosse avec Gribouille et fit prendre le chemin du carrefour Bourdon. Quand ils furent auprès du chêne, M. Bourdon renvoya son équipage et, prenant Gribouille par la main, il le fit asseoir sur les racines de l'arbre et lui dit:

—Avez-vous quelquefois mangé de ces glands?

—Oui, répondit Gribouille, car je sais qu'ils sont bons, tandis que les autres glands de la forêt sont amers et bons pour les pourceaux.

—En ce cas, vous êtes plus avancé que vous ne pensez. Eh bien, puisque ces fruits vous plaisent, mangez-en.

Gribouille en mangea avec plaisir, parce que cela lui rappelait son enfance; mais tout aussitôt il se sentit accablé d'un grand sommeil, et il ne lui sembla plus voir ni entendre M. Bourdon que dans un rêve.

D'abord il lui sembla que M. Bourdon frappait sur l'écorce du chêne et que le chêne s'entr'ouvrait; alors Gribouille vit dans l'intérieur de l'arbre une belle ruche d'abeilles avec tous ses gâteaux blonds et dorés, et toutes les abeilles, dans leurs cellules propres et succulentes, bien renfermées chacune chez soi. On entendait pourtant des voix mignardes qui babillaient dans toutes les chambres, et qui disaient: Amassons, amassons; gardons, gardons; refusons, refusons; mordons, mordons. Mais une voix plus haute fit faire silence, en criant du fond de la ruche: Taisez-vous, taisez-vous, l'ennemi s'avance.