—Vous feriez la guerre civile? dit Horace; eh bien, voilà ce qu'on me propose, voilà où l'on veut m'entraîner. Et moi je répugne à de tels moyens, et j'attends mieux de la Providence.

—A la bonne heure! En ce cas, vous renoncez à jouer un rôle actif; car une révolution parlementaire ne peut manquer de durer au moins un siècle, au point où en sont les choses.

—Un siècle! Le peuple n'attendra pas un siècle! s'écria Horace, oubliant la question personnelle pour la question générale.

—Soyez donc d'accord avec vous-même, lui dis-je: ou il y aura des révolutions violentes, et par conséquent des conflits rapides et énergiques entre les citoyens, ou bien il y aura de longs débats de paroles, une lutte patiente de principes, un progrès sûr, mais lent, où nous n'aurons rien à faire, vous et moi, qu'à profiter pour notre compte des enseignements de l'histoire. C'est déjà beaucoup, et je m'en contente.

—Ce sera plus prompt que vous ne croyez, et pour ma part je compte bien aider à l'oeuvre, soit par la parole, soit par les écrits, si je puis trouver une tribune ou un journal.

—En ce cas, vous n'hésitez pas à vous retirer de toute émeute, et j'approuve votre fermeté courageuse, car la tentation est forte, et moi-même qui ne puis y prendre part, j'ai souvent de la peine à y résister.

—Oui, sans doute, ce sera un grand courage, dit Horace avec un peu d'emphase; mais je l'aurai, parce que je dois l'avoir. Ma conscience me fait d'amers reproches de m'être laissé entraîner à ces projets incendiaires; je lui obéis. Vous m'avez rendu un grand service, Théophile, de m'avoir expliqué à moi-même. Je vous en remercie.»

Je ne voyais pas trop en quoi j'avais éclairci Horace sur un point qu'il avait posé nettement dès le commencement de l'explication; et, le trouvant si bien d'accord avec lui-même, j'allais le quitter, lorsqu'il me retint.

«Vous n'avez pas répondu à ma question, me dit-il.

—Vous ne m'en avez point fait que je sache, répondis-je.