«Vous étiez donc bien amoureux?

—Au contraire, répondit Horace, je ne l'étais pas assez. C'était une femme trop parfaite: je m'ennuyais de la vie avec elle.

—Et elle s'est tuée pour vous rattacher à l'existence? C'est bien beau de sa part. Ah çà! exigez-vous qu'à l'avenir on se tue pour vous?»

Horace, qui n'avait fait cet aveu amplifié du suicide de Marthe que par un mouvement de vanité, sentit qu'il avait fait là une sottise; le marquis l'en avertissait par ses railleries. Confus et irrité, il se laissa accabler quelques instants en silence. Enfin, n'y pouvant plus tenir.

«Monsieur le marquis, dit-il, j'espérais mieux de votre supériorité. Il n'y a pas de gloire à écraser un pauvre diable quand on est grand seigneur, et un enfant quand on a des cheveux blancs. Vous me trouvez fat et ridicule d'aspirer à la vicomtesse. Eh bien, si vous êtes autorisé à vous moquer de moi...

—Que feriez-vous dans ce cas-là? dit le marquis vivement.

—Que pourrais-je faire vis-à-vis d'une femme et d'un...

—Et d'un vieillard? dit le marquis en achevant la phrase d'Horace avec calme. Eh bien, voyons! vous vous retireriez tout penaud?

—Peut-être que non, monsieur le marquis, répondit Horace avec énergie; peut-être accepterais-je le défi, sauf à en sortir vaincu; mais du moins je ne céderais pas sans combattre.

—A la bonne heure, dit le marquis en lui tendant la main. Voilà comme j'aime à entendre parler. Maintenant écoutez-moi. Je ne me moque pas, je vous estime, et je vous plains; car vous avez encore trop d'illusions et de fougue pour ne pas jouer à vos dépens la comédie, ou, si vous voulez que je parle d'une façon plus moderne, le drame des passions. Vous n'avez pas d'expérience, mon cher ami.