—Mon cher enfant, repris-je, éloignez tous ces projets, à votre âge ils sont irréalisables. Vous n'avez devant vous que les arts et l'industrie. Si vous n'avez ni argent ni crédit, il n'y a pas plus de certitude d'un côté que de l'autre. Quelque parti que vous preniez, il vous faut du temps, de la patience et de la résignation.»
Arsène soupira. Je me réservai de l'interroger plus tard.
«Vous êtes né peintre, cela est certain, continuai-je; c'est encore par là que vous marcherez plus vite.
—Non, Monsieur, répliqua-t-il; je n'ai qu'à entrer demain dans un magasin de nouveautés, je gagnerai de l'argent.
—Vous pouvez même être laquais, ajouta Horace, indigné de plus en plus.
—Cela me déplairait beaucoup, dit Arsène; mais s'il n'y avait que cela!...
—Arsène! Arsène! m'écriai-je, ce serait un grand malheur pour vous et une perte pour l'art. Est-il possible que vous ne compreniez pas qu'une grande faculté est un grand devoir imposé par la Providence?
—Voilà une belle parole, dit Arsène, dont les yeux s'enflammèrent tout à coup. Mais il y a d'autres devoirs que ceux qu'on remplit envers soi-même. Tant pis! Allons, je m'en vais dire à l'atelier que vous viendrez à trois heures, n'est-ce pas?»
Et il sauta à bas de la commode, me serra la main sans rien dire, salua à peine Horace, et s'enfonça comme un chat dans la profondeur de l'escalier, s'arrêtant à chaque étage pour faire rentrer ses talons dans ses souliers délabrés.