Arsène les envoya coucher presque aussitôt.
«Nous attendrons madame Poisson, dit Louise sans se douter qu'elle enfonçait un nouveau poignard dans le coeur de Marthe en l'appelant ainsi.
—Marthe n'a pas voyagé, répondit le Masaccio froidement; elle n'est pas condamnée à dormir avant d'en voir envie. Vous autres, qui êtes fatiguées, il faut aller vous reposer.»
Elles obéirent, et, quand elles furent sorties:
«Je vous supplie de pardonner à mes soeurs, dit-il à Marthe, certains préjugés de province qu'elles auront bientôt perdus, je vous en réponds.
—N'appelez point cela des préjugés, répondit Marthe. Elles ont raison de me mépriser: j'ai commis une faute honteuse. Je me suis livrée à un homme que je devais bientôt haïr, et qui n'était pas fait pour être aimé. Vos soeurs ne sont scandalisées que parce que mon choix était indigne. Si je m'étais fait enlever par un homme comme vous, Arsène, je trouverais de l'indulgence, et peut-être de l'estime dans tous les coeurs. Vous voyez bien que tous ceux qui approchent d'Eugénie la respectent. On la considère comme la femme de votre ami, quoiqu'elle ne se soit jamais fait passer pour telle; et moi, quoique je prisse le titre d'épouse, tout le monde sentait que je ne l'étais point. En voyant quel maître farouche je m'étais donné, personne n'a cru que l'amour pût m'avoir jetée dans l'abîme.»
En parlant ainsi, elle pleurait amèrement, et sa douleur, trop longtemps contenue, brisait sa poitrine.
Arsène étouffa des sanglots prêts à lui échapper.
«Personne n'a jamais dit ni pensé de mal de vous, s'écria-t-il; quant à moi, je saurai bien faire partager à mes soeurs le respect que j'ai pour vous.
—Du respect! Est-il possible que vous me respectiez, vous! Vous ne croyez donc pas que je me sois vendu?