—Oui, vous comptez sur une nouvelle révolution? Mais si elle n'arrive pas, comment vous arrangerez-vous pour être député? Vous avez donc de la fortune?

—Non pas précisément; mais j'en aurai.

—A la bonne heure. En ce cas, il s'agit pour vous d'avoir votre diplôme, et vous n'aurez pas besoin d'exercer.

Je le croyais sincèrement dans une position de fortune assez éminente pour légitimer sa confiance. Il hésita quelques instants; puis, n'osant me confirmer dans mon erreur, ni m'en tirer brusquement, il reprit: «Il faut exercer pour être connu... sans aucun doute, avant deux ans les capacités seront admises à la candidature; il faut donc faire preuve de capacité.

—Deux ans? cela me paraît bien peu; d'ailleurs il vous faut bien le double pour être reçu avocat et pour avoir fait vos preuves de capacité; encore serez-vous loin de l'âge...

—Est-ce que vous croyez que l'âge ne sera pas abaissé comme le cens, à la prochaine session, peut-être?...

—Je ne le crois pas; mais enfin, c'est une question de temps, et je crois qu'un peu plus tôt ou un peu plus tard, vous arriverez, si vous en avez la ferme résolution.

—N'est-il pas vrai, me dit-il avec un sourire de béatitude et un regard étincelant de fierté, qu'il ne faut que cela dans le monde? Et que, de si bas que l'on parte, on peut gravir aux sommités sociales, si l'on a dans le sein une pensée d'avenir?

—Je n'en doute pas, lui répondis-je; le tout est de savoir si l'on aura plus ou moins d'obstacles à renverser, et cela est le secret de la Providence.

—Non, mon cher! s'écria-t-il en passant familièrement son bras sous le mien; le tout est de savoir si l'on aura une volonté plus forte que tous les obstacles; et cela, ajouta-t-il en frappant avec force sur son thorax sonore, je l'ai!