—Ah! dit Horace d'un air indifférent, c'est singulier!»

Et il commença cependant à écouter avec intérêt.

«Eh! pardine, vous le savez bien, peut-être, reprit Louison. Il paraît (et c'est même bien sûr) que Marton ne veut pas qu'on lui parle de se marier. Et puis, voyez-vous, Monsieur (je peux bien vous dire ça entre nous), Marton est fière, trop fière pour une fille qui n'a ni sou ni maille; mais ça a des idées de princesse, ça lit dans les livres, et ça voudrait filer le parfait amour avec un jeune homme bien mis et bien éduqué. Elle trouve mon pauvre frère trop commun, et d'ailleurs elle a la tête montée pour un autre que vous savez bien.

—Le diable m'emporte si je le sais, dit Horace étonné des gros yeux malins de Louison.

—Allons donc! dit-elle en le poussant du coude d'une façon toute rustique; vous n'êtes pas si simple, vous savez bien qu'elle est folle de vous.

—Vous ne savez ce que vous dites, Louison.

—Tiens! tiens! pourquoi donc qu'elle s'attife si bien depuis quelque temps? Et à qui donc est-ce qu'elle pense, quand elle passe la moitié de la nuit à soupirer et a geindre au lieu de dormir? Et pourquoi donc est-ce qu'elle est tombée en pâmoison hier soir après que vous êtes parti tout fâché?

—Elle est tombée évanouie? Quoi! que dites-vous là, Louison?

—Raide par terre; et des pleurs, et des sanglots! et la voilà maintenant qui veut s'en aller d'ici pour ne plus vous voir, parce qu'elle croit que vous ne la regarderez plus.

—Mais qui vous a donc dit tout cela, Louison?