—Je le lui ai défendu, dit Marthe d'une voix mourante; j'ai craint d'être rencontrée avec lui, et puis je n'ai pas voulu qu'il me revit au jour! Je voudrais ne le revoir jamais! Mais que fais-tu ici à cette heure, Paul?

—Je n'ai pu dormir, répondit-il, et je suis venu vous attendre pour vous ramener; quelque chose m'avait dit que vous sortiriez de chez lui seule et désespérée.»

XVI.

Marthe était si confuse et si éperdue qu'elle ne voulait plus rentrer.

«Conduisez-moi auprès de vos soeurs, disait-elle à Arsène; elles, du moins, ne sauront pas où j'ai passé la nuit.

—Vous n'avez pas d'amie plus fidèle et plus dévouée qu'Eugénie, répondit Arsène; n'aggravez pas votre position par une plus longue absence. Venez, je vous accompagnerai jusque chez elle, et je vous réponds qu'elle ne vous adressera pas un reproche.»

Il la reconduisit jusqu'à la porte de sa chambre. Elle voulut s'y enfermer seule et y pleurer à son aise avant de nous revoir; mais au moment de quitter Arsène, avec qui elle avait épanché son coeur comme s'il n'eût été que son frère, elle se ressouvint tout à coup qu'il avait pour elle un amour moins calme: elle l'avait oublié, habituée qu'elle était à compter sur un dévouement aveugle de sa part.

«Eh bien, Arsène, lui dit-elle avec un accent profond; regrettes-tu maintenant de ne m'avoir pas épousée?

—Je le regretterai toute ma vie, répondit-il.

—Ne me parle pas ainsi, Arsène, dit-elle; tu me déchires. Oh! que ne puis-je t'aimer comme tu le désires et comme tu le mérites! Mais Dieu me hait et me maudit!»