—Mais nous n'irons pas nous en vanter, à quoi bon?
—Bah! tu vas sortir demain, tu vas courir tous les jours pour de l'ouvrage: tu ne seras pas longtemps sans le rencontrer, il rôde toujours par ici... Tu le sais bien, Marthe, ne fais pas l'étonnée. Eh bien! tu le verras; il te fera des questions, et tu lui diras tout dans un jour de douleur. Car tu en auras de ces jours-là, ma pauvre enfant! Tu ne prendras pas toujours la chose aussi philosophiquement qu'aujourd'hui.
—Hélas! je prévois en effet des jours de douleur, répondit Marthe; mais la misère n'en sera que la cause indirecte. Votre jalousie va augmenter.»
Ses yeux se remplirent de larmes, Horace les essuya avec ses lèvres, et s'abandonna aux transports d'un amour plus fiévreux que délicat, ce soir-là surtout.
XIX.
Marthe était levée depuis longtemps quand Horace se réveilla. Il était tard. Horace avait bien dormi; il avait l'esprit calme et reposé. Des idées plus riantes lui vinrent, lorsqu'il entendit les moineaux s'entre-appeler sur les toits, où le soleil d'une belle matinée d'hiver faisait fondre la neige de la veille: «Ah! ah! dit-il, on a faim et froid là-haut? c'est encore pis que chez nous. Si tu n'as plus de pain, ma pauvre Marthe, tes habitués n'auront plus de miettes, et ils se plaindront de toi.
—Cela n'arrivera pas, dit Marthe; je leur ai gardé une partie de mon souper d'hier au soir, un peu de pain de seigle. Ces messieurs ne sont pas difficiles, ils ont fort bien déjeuné.
—Ils sont plus avancés que nous, n'est-ce pas?
—Qu'est-ce que cela fait? dit Marthe; nous dînerons mieux ce soir.
—Tu parles de dîner, c'est toujours une consolation pour qui a bonne envie de déjeuner. Ah ça, tu as donc été au Mont-de-Piété?