—Quelle folle plaisanterie me faisiez-vous donc, Adhémar? reprit madame de T... Est-ce là le héros de votre si plaisante aventure?

—Non pas précisément celui-ci, répondit Adhémar, mais celui-là. Et il fit un geste comiquement mystérieux pour désigner le précepteur de Félix qui entrait en cet instant.

Alice, se sentant sous le regard méchant de son cousin, ne fit pas comme les héroïnes de théâtre, qui ont pour le public des a parte, des exclamations et des tressaillements si confidentiels que tous les personnages de la pièce sont fort complaisants de n'y pas prendre garde. Elle se conduisit comme on se conduit dans le monde et dans la vie, même sans avoir besoin d'être fort habile. Elle demeura impassible, accueillit le précepteur de son fils avec bienveillance, et, après quelques mots affectueusement polis, elle prit son enfant sur ses genoux pour le caresser à son aise.

«Je vous laisse en trop bonne compagnie, lui dit Adhémar en se rapprochant d'elle et en lui parlant bas, pour craindre que vous preniez du souci de tout ce que j'ai pu vous dire. Dans tous les cas vous voici à la source des informations, et M. Jacques Laurent vous éclairera, si bon lui semble, sur les mérites de celle qu'il vous plaisait tantôt d'appeler votre belle-soeur. Mais prenez garde à vous, cousine: ce provincial-là est un fort beau garçon, et, avec les antécédents que je lui connais, il est capable de pervertir...... toutes vos femmes de chambre.»

Madame de T... ne répondit rien. Elle avait paru ne pas entendre.

—Saint-Jean, dit-elle à un vieux serviteur qui apportait les paquets de Félix, conduisez M. Laurent à son appartement. Bonsoir, Adhémar... Toi, dit-elle à son fils, viens que je fasse ta toilette, et que je te délivre de cette poussière.

—Comment! ce don Juan de village va demeurer dans votre maison, Alice? reprit le cousin lorsque Jacques fut sorti.

—En quoi cela peut-il vous intéresser, mon cousin?

—Mais je vous déclare qu'il est dangereux.

—Pour mes femmes de chambre, à ce que vous croyez?