«Vous pouvez passer par les jardins. La petite porte est et sera désormais toujours ouverte.»
Jacques obéit. Isidora se préparait à monter en voiture pour aller se promener au bois avec quelques personnes.
A peine sut-elle l'objet de la mission de Jacques, par un billet écrit au crayon dans l'antichambre, qu'elle congédia son monde, fit dételer sa voiture, et jetant son voile sur sa tête, elle s'élança vers lui et prit son bras avec une vivacité touchante. «Ah! que je vous remercie! lui dit-elle en courant avec lui, comme une jeune fille, à travers les jardins. Quelle bonne mission vous remplissez là! Je croyais qu'elle m'avait déjà oubliée, et je ne vivais plus.
—Elle a été malade, dit Jacques.
—Sérieusement; mon Dieu?
—Je ne pense pas; cependant elle est fort changée.
Le pressentiment de la vérité traversa l'esprit pénétrant d'Isidora.
Lorsqu'elle songeait à la conduite d'Alice, elle était près de tout deviner; mais, lorsqu'elle la voyait, ses soupçons s'évanouissaient. C'est ce qui lui arriva encore, lorsque Alice la reçut avec un rayon de bonheur dans les yeux et les bras loyalement ouverts à ses tendres caresses. L'impétueuse et indomptée Isidora ne pouvait élever sa pensée jusqu'à comprendre la fermeté patiente d'un tel martyre, la sublime générosité d'un tel effort.
Et cependant Isidora n'était pas incapable d'un aussi grand sacrifice; mais elle l'eût accompli autrement, et l'orage de sa passion vaincue eût fait trembler la terre sous ses pieds.
Quel orage pourtant, que celui qui avait passé sur la tête d'Alice! quelle tempête avait bouleversé tous les éléments de son être durant cette longue nuit dont le calme avait tant effrayé Jacques! et il n'en avait pourtant pas coûté la vie à un brin d'herbe.