—Fort bien. Vous avez trouvé la manière de corriger cette consigne, qui est fort inconséquente, puisqu'elle vous permet de nous bien traiter, et qu'elle nous ôte cependant les moyens de vous y déterminer. Quand mes ducats d'or seront à bout, j'aviserai à vous satisfaire. Commencez donc par m'apporter du chocolat; vous me servirez à dîner un poulet et des légumes; dans la journée vous me procurerez des livres, et le soir vous me fournirez de la lumière.
—Pour le chocolat, Votre Seigneurie va l'avoir dans cinq minutes; le dîner ira comme sur des roulettes; j'y ajouterai une bonne soupe, des friandises que les dames ne dédaignent pas, et du café, qui est fort salutaire pour combattre l'air humide de cette résidence. Quant aux livres et à la lumière, c'est impossible. Je serais chassé sur-le-champ, et ma conscience me défend de manquer à ma consigne.
—Mais les aliments recherchés et les friandises sont également prohibés?
—Non. Il nous est permis de traiter les dames, et particulièrement Votre Seigneurie, avec humanité, dans tout ce qui a rapport à la santé et au bien-être.
—Mais l'ennui est également préjudiciable à la santé!
—Votre Seigneurie se trompe. En se nourrissant bien et en laissant reposer l'esprit, on engraisse toujours ici. Je pourrais vous citer telle dame qui y est entrée svelte comme vous voilà, et qui en est sortie, au bout de vingt ans, pesant au moins cent quatre-vingts livres.
—Grand merci, monsieur Schwartz. Je ne désire pas cet embonpoint formidable, et j'espère que vous ne me refuserez pas les livres et la lumière.
—J'en demande humblement pardon à Votre Seigneurie, je n'enfreindrai pas mes devoirs. D'ailleurs, Votre Seigneurie ne s'ennuiera pas; elle aura ici son clavecin et sa musique.
—En vérité! Est-ce à vous que je devrai cette consolation, monsieur Schwartz?
—Non, Signora, ce sont les ordres de Sa Majesté, et j'ai là un ordre du gouverneur pour laisser passer et déposer dans votre chambre lesdits objets.»