«—Sans doute, j'y suis venu plusieurs fois te veiller depuis que tu es malade. Le rouge-gorge vole les clefs sous le chevet de ma mère, et Belzébuth a beau faire, il ne peut pas la réveiller une fois que l'ange l'a endormie, en voltigeant invisible autour de sa tête.
«—Qui t'a donc enseigné à connaître si bien les anges et les démons?
«—C'est mon maître! répondit le somnambule avec un sourire enfantin où se peignit un naïf enthousiasme.
«—Et qui est ton maître? lui demandai-je.
«—Dieu, d'abord, et puis... le sublime cordonnier!
«—Comment l'appelles-tu, ce sublime cordonnier?
«—Oh! c'est un grand nom! mais il ne faut pas le dire, vois-tu; c'est un nom que ma mère ne connaît pas. Elle ne sait pas que j'ai deux livres dans le trou de la cheminée. Un que je ne lis pas, et un autre que je dévore depuis quatre ans, et qui est mon pain céleste, ma vie spirituelle, le livre de la vérité, le salut et la lumière de l'âme.
«—Et qui a fait ce livre?
«—Lui, le cordonnier de Gorlitz, Jacques Boehm!»
«Ici nous fûmes interrompus par l'arrivée de madame Schwartz, que j'eus bien de la peine à empêcher de se précipiter sur son fils pour l'embrasser. Cette femme adore sa progéniture: que ses péchés lui soient remis! Elle voulut lui parler; mais Gottlieb ne l'entendit pas, et je pus, seule, le déterminer à retourner à son lit, où l'on m'a assuré ce matin qu'il avait paisiblement continué son sommeil. Il ne s'est aperçu de rien, quoique son étrange maladie et l'alerte de cette nuit fassent aujourd'hui la nouvelle de tout Spandaw.