—Non, je veux qu'on me respecte.

—Et c'est à coups de canne que vos caporaux inspirent à vos soldats le respect de votre nom.

—Qu'en savez-vous? De quoi parlez-vous là? De quoi vous mêlez-vous?

—Je réponds clair et net à l'interrogatoire de Votre Majesté.

—Vous voulez que je vous demande pardon d'un moment d'emportement provoqué par votre folie?

—Au contraire; si vous pouviez briser sur ma tête la canne-sceptre qui gouverne la Prusse, je prierais Votre Majesté de ramasser ce jonc.

—Bah! quand je vous aurais un peu caressé les épaules avec, comme c'est une canne que Voltaire m'a donnée, vous n'en auriez peut-être que plus d'esprit et de malice. Tenez, j'y tiens beaucoup, à cette canne-là; mais il vous faut une réparation, je le vois bien.»

En parlant ainsi, le roi ramassa sa canne, et se mit en devoir de la briser. Mais il eut beau s'aider du genou, le jonc plia et ne voulut point rompre.

«Voyez, dit le roi en la jetant dans le feu, ma canne n'est pas, comme vous le prétendez, l'image de mon sceptre. C'est celle de la Prusse fidèle, qui plie sous ma volonté, et qui ne sera point brisée par elle. Faites de même, Porporina, et vous vous en trouverez bien.

—Et quelle est donc la volonté de Votre Majesté à mon égard? Voilà un beau sujet pour exercer l'autorité et pour troubler la sérénité d'un grand caractère!