LISANDRO.

Vous, c'est différent, vous rançonnez les voyageurs! Vous vous procurez tout ce qu'il vous faut.

LUPO.

J'ai dévasté le pays, j'ai porté l'épouvante sur tous les chemins. Mon nom n'est plus un secret et il faut que je change le théâtre de mes exploits. Mes dernières campagnes m'ont coûté plus de peine qu'elles ne m'ont rapporté d'écus, et pourtant jusqu'à ce jour je vous ai donné sans compter. Où a passé tout le produit de mes prises? Mon pauvre père se contente du strict nécessaire; oui, mes amis et mes maîtresses ont seuls profité de mon péril, de ma fatigue, de ma sueur et de mon sang! Allons! vous devriez rougir de l'insistance où vous me réduisez. Vous deux mes meilleurs amis, ceux qui me doivent le plus... Vous surtout, Galvan, qui êtes riche par votre oncle... Voyons, écrivez-lui, j'enverrai un exprès à Naples. Dites-lui que c'est une dette d'honneur, Roland ira lui-même et lui donnera confiance. Écrivez, je n'ai pas un jour à perdre.

GALVAN.

Dites à la lave du Vésuve de se changer en or, elle vous obéirait plus volontiers que moi: l'argent est enfermé dans les caves de mon oncle; mais écoutez, je suis venu pour vous entretenir d'un projet que j'ai confié à Lisandro.

LUPO.

Voyons, parlez vite!

GALVAN.

Mondit oncle est parti ce matin de Naples pour visiter ses domaines de l'autre côté de la montagne. Il a plus de mille ducats à toucher, et il les rapportera jeudi soir. Ne m'entendez-vous pas?