Appartenez-vous au Saint-Office?

ANGELO, lui montrant le parchemin.

En voici la preuve.

LE CHEF.

Ce n'est pas une raison pour ordonner...

ANGELO.

La tête du brigand est mise à prix. Je prends tout sur moi, et je vais vous aider. (Ils sortent par la droite.)

SCÈNE XIV.

LUPO; il vient par une porte secrète dans la tenture et va vite fermer celle par où sont sortis Angelo et le chef, après avoir jeté un coup d'œil auparavant.

Ah! ah! l'ermite défroqué avec le chef des sbires? Le pauvre diable est pris! Je l'avais averti pourtant! On le conduit chez mon père?... Pourquoi?... Mon pauvre père! on va l'interroger, et voici l'heure redoutée! Comme il va être surpris et affligé! Mais Roland est là... il niera tout... N'importe... je ne puis me résoudre à m'éloigner. Je devrais aller le disculper, car qui sait si on ne l'accuse pas d'être trop indulgent pour moi? On verra bien, à son étonnement, à sa douleur, qu'il n'a jamais rien su! Si j'étais là, je ne pourrais soutenir son regard. Je me trahirais! Eh bien, pourquoi n'avouerais-je pas? Je suis las de ces angoisses, et la vie ne m'étourdit plus.—Mais lui! ma mort le tuerait... ma honte encore plus. Je veux me sauver encore et le sauver avec moi... On vient, je crois!... (Il va vers la trappe.) Non! Ce n'est rien... et même le silence avec lequel on procède m'étonne!... Ils y mettent de la finesse... je suis plus fin qu'eux; ils ne m'auront pas, ils n'auront jamais vivant le loup de Montelupo! Être pris par de pauvres mercenaires, moi? Allons donc! (Il descend une marche du passage secret.) Qu'est-ce donc que ce papier? (Il remonte et va le ramasser.) Peut-être un avis de Roland?... Non! plaisante chose! c'est le plan de voyage du vieux Galvan, que son lâche neveu voulait me faire assassiner! Avais-je donc mérité l'outrage d'une telle offre? suis-je tombé si bas?... (On entend un gémissement.) Qu'est-ce que cela? Maltraite-t-on mes gens? (Il écoute.) J'ai peut-être rêvé!... (Un second gémissement plus distinct et plus douloureux.) C'est la voix de mon père! Il souffre, il pleure!... Est-ce qu'il plie sous l'horreur de la vérité? (Un cri aigu.) On le torture! pour moi, pour moi! Infâmes! arrêtez! (Il secoue la porte qui est fermée en dehors.) Mon père, mon pauvre père! Me voici! c'est moi... bourreaux! moi! Lupo, je me rends, je me livre, prenez-moi, mais prenez-moi donc!... Ah! la voix me manque, l'horreur me glace, ils ne m'entendent pas! (Il tombe épuisé en rugissant d'une voix étouffée.)