LUPO.
Me voilà seul, et j'ai brûlé mes vaisseaux! La destinée m'amène en ce lieu maudit où m'attend ma première lâcheté! Seul, aux aguets, comme le renard cauteleux qui guette une misérable proie, le loup redouté va combattre sans péril et sans gloire! et dire qu'il le faut! que ce qui reste en moi d'humain me commande cette infamie! O mon père, si tu me voyais agir pour toi de la sorte, tu préférerais tendre la main ou travailler à casser les pierres du chemin! Mais qui donc ose gravir ce sentier, en tirant un maigre cheval par la bride? Malheureux, rends grâce à ton piteux équipage, tu n'es pas le gibier qu'il me faut!—Que fait-il? il m'a vu et il vient à moi! Roland?
SCÈNE II.
LUPO, ROLAND.
LUPO.
Toi, mon ami! Tu me cherches? Mon père?...
ROLAND.
Votre père va bien. Il a recouvré définitivement, je l'espère, la vigueur et la santé; mais son voyage à Naples n'a pas été aussi heureux qu'il l'espérait... Savez-vous que je viens de faire dix lieues d'une traite?...
LUPO, impatient.
Mon père, mon père d'abord! où est-il, que fait-il?