ANGELO, seul.

Ces hommes vont m'admirer parce que je suis pire que Lupo! Cette pensée me donne froid!... Je ne sais si c'est un hommage, ou un affront... Où est donc Delia? La nuit est-elle devenue si obscure ou ma vue est-elle voilée de sang? Malheureuse courtisane! je t'aimais, il y a une heure. Je buvais la vie sur ton sein vénal, j'oubliais tout, j'étais ivre... Quel réveil! Est-elle donc?... Oui, froide déjà! Cette plaie est horrible... Son regard fixe m'éblouit et me brûle comme une flamme... Allons, je suis fou! Son œil est terne et reflète comme une vitre brisée le pâle rayon de la lune. Cachons ce cadavre; j'espérais que Lupo souillerait sa main de ce meurtre, en trouvant sa concubine dans mes bras; mais il ne tue pas les femmes, lui! Tous les forfaits que je veux lui faire commettre seront-ils donc fatalement commis par moi? (Il cache le cadavre dans les buissons.) Allons, repose dans les épines, fille de joie! voilà une triste fin pour une si pompeuse existence! C'est pour ton malheur que tu m'as rencontré! Adieu ton bain parfumé et ta couche de satin, que tu regrettais de quitter pour trois jours! A présent tu dormiras dans les aloës acérés, sur les cailloux tranchants.

(Il rit et sanglote.)

SCÈNE VIII.

ANGELO, LUPO.

LUPO, à part.

Qui donc se lamente ainsi? L'ermite! est-il insensé? Il faut que je l'éloigne. (Haut.) Ami, allez gémir plus loin! Il me faut cette place.

ANGELO.

Vous prétendez encore commander? La montagne ne vous appartient plus. C'est moi maintenant qui règne sur le désert...

LUPO.