Que rien ne trouble ce jour de fête et vidons les coupes de la joie! (Ils chantent en chœur la chanson du Contrebandier.)

CHŒUR FINAL.

Heurtons les coupes de la joie, que leurs flancs vermeils se pressent jusqu'à se briser! Souffle, vent du soir, et sème sur nos têtes les fleurs de l'oranger! Célébrons ce jour de fête, heurtons les coupes de la joie!

LE VOYAGEUR, dans le lointain.

Amen.

TOUS ENSEMBLE.

Vive la joie! Amen.

LA RÊVERIE A PARIS

A LOUIS ULBACH

Excellent ami, je vous avais promis une étude sur les squares et jardins de Paris, autrement dit sur la nature acclimatée dans notre monde de moellons et de poussière. Le sujet comportait un examen sérieux, intéressant, que j'avais commencé; mais la maladie a disposé de mes heures, et ce n'est plus une étude que je vous envoie; c'est une impression rétrospective que je dois avoir la conscience et l'humilité d'intituler simplement: La rêverie à Paris. C'est qu'en vérité je ne sais point de ville au monde où la rêverie ambulatoire soit plus agréable qu'à Paris. Si le pauvre piéton y rencontre, par le froid ou le chaud, des tribulations sans nombre, il faut lui faire avouer aussi que, dans les beaux jours du printemps et de l'automne, il est, «s'il connaît son bonheur,» un mortel privilégié. Pour mon compte, j'aime à reconnaître qu'aucun véhicule, depuis le somptueux équipage jusqu'au modeste sapin, ne vaut, pour la rêverie douce et riante, le plaisir de se servir de deux bonnes jambes obéissant, sur l'asphalte ou la dalle, à la fantaisie de leur propriétaire. Regrette qui voudra l'ancien Paris; mes facultés intellectuelles ne m'ont jamais permis d'en connaître les détours, bien que, comme tant d'autres, j'y aie été nourri. Aujourd'hui que de grandes percées, trop droites pour l'œil artiste, mais éminemment sûres, nous permettent d'aller longtemps, les mains dans nos poches, sans nous égarer et sans être forcés de consulter à chaque instant le commissionnaire du coin ou l'affable épicier de la rue, c'est une bénédiction que de cheminer le long d'un large trottoir, sans rien écouter et sans rien regarder, état fort agréable de la rêverie qui n'empêche pas de voir et d'entendre.