LXXXVI
—Tu parles comme un fou, dit la fée. Tu peux aimer ton chien, puisqu'il faut que l'homme aime toujours follement quelque chose; mais je ne veux pas que tu dises que tu m'aimes, puisque ton chien a droit à des mots que tu m'appliques. Si ton chien meurt, j'irai t'en chercher un autre, et tu l'aimeras autant.—Non, dit Hermann, je n'en veux pas d'autre après lui, et puisque je ne dois pas t'aimer, je n'aimerai plus rien que la mort.»
LXXXVII
Le chien mourut, et l'enfant fut inconsolable. Maître Bonus ne comprit rien à sa douleur, et les fées la méprisèrent. Alors Hermann irrité sentit ce qui lui manquait dans le royaume des fées. Il y était choyé et instruit, protégé et comblé de biens; mais il n'était pas aimé, et il ne pouvait aimer personne. Zilla essaya de le distraire en le menant avec elle dans les plus beaux endroits de la montagne. Elle le fit pénétrer dans les palais merveilleux que les fées élèvent et détruisent en une heure.
LXXXVIII
Elle lui montra des pyramides plus hautes que l'Himalaya et des glaciers de diamant et d'escarboucle, des châteaux dont les murs n'étaient que fleurs entrelacées; des portiques et des colonnades de flamme, des jardins de pierreries où les oiseaux chantaient des airs à ravir l'âme et les sens; mais Hermann en savait déjà trop pour prendre ces choses au sérieux; et un jour il dit à Zilla: «Ce ne sont là que des rêves, et ce que tu me montres n'existe pas.»
LXXXIX
Elle essaya de le charmer par un songe plus beau que tous les autres. Elle le mena dans la lune. Il s'y plut un instant et voulut aller dans le soleil. Elle redoubla ses invocations, et ils allèrent dans le soleil. Hermann ne crut pas davantage à ce qu'il y voyait; toujours il disait à la fée: «Tu me fais rêver, tu ne me fais pas vivre.» Et quand il s'éveillait, il lui disait: «Je ne me rappelle rien, c'est comme si je n'avais rien vu.»
XC
Et l'ennui le prit. La reine vit qu'il était pâle et accablé. «Puisque tu ne peux aimer le ciel, lui dit-elle, essaie au moins d'aimer la terre.» Hermann réfléchit à cette parole. Il se rappela qu'autrefois Zilla lui avait donné du blé, une charrue, un âne et un mulet. Il laboura, sema et planta, et il prit plaisir à voir comme la terre est féconde, docile et maternelle. Maître Bonus fut charmé d'avoir à moudre du blé et à faire du pain tous les jours.