Par un mouvement d'effroi involontaire, Hermann la prit dans ses bras et l'éloigna de ce lieu horrible. «Que fais-tu? lui dit-elle avec un triste sourire; oublies-tu que, si je cherchais la mort, elle ne voudrait pas de moi? Et comment peux-tu t'inquiéter d'ailleurs, puisque tu ne peux m'aimer?—Mère,... lui dit Hermann.—Elle l'interrompit: Je n'ai jamais été, je ne serai jamais la mère de personne!—Si je t'offense en t'appelant ainsi, dit Hermann, c'est que tu ne comprends pas ce mot-là.

XLI

«Pourtant lorsque je pleurais, enfant, celle qui m'a mis au monde et que je ne devais plus revoir, tu m'as dit que tu la remplacerais, et tu as fait ton possible pour me tenir parole. J'ai souvent lassé ta patience par mon ingratitude ou ma légèreté; mais toujours tu m'as pardonné et, après m'avoir chassé, tu as couru après moi pour me ramener. Je ne sais pas ce qui nous sépare, ce mystère est au-dessus de mon intelligence; mais il y a une chose que je sais.

XLII

«Cette chose que tu ne comprends pas, toi, c'est que si mon bonheur peut se passer de ta présence, il ne peut se passer de ton bonheur; tu m'as dit souvent qu'il était inaltérable, et je l'ai cru. Alors, ne pouvant te servir et te consoler, j'ai vécu pour ma famille et pour moi; mais si tu m'as trompé, si tu es capable de souffrir, de subir quelque injustice, d'éprouver l'ennui de la solitude, de former un souhait irréalisable, me voilà pour souffrir et pleurer avec toi.

XLIII

«Je sais que je ne peux rien autre chose. Je ne suis pas assez savant pour dissiper ton ennui ni assez puissant pour te préserver de l'injustice, et si ton désir immense veut soumettre et posséder l'univers, je ne puis, moi, atome, te le donner; mais si c'est un cœur filial que tu veux, voilà le mien que je t'apporte. S'il n'apprécie pas bien la grandeur de ta destinée, il adore du moins cette bonté qui réside en toi comme la lumière palpite dans les étoiles. J'ai bien senti que tu ignorais la tendresse, mais j'ai vu que tu ignorais aussi ce qui souille les hommes, la tyrannie et le châtiment.

XLIV

«Et si j'ai souffert quelquefois de te voir si grande, j'ai plus souvent connu la douceur de te sentir si miséricordieuse et infatigable dans ta protection. Et toujours, en dépit de mes langueurs et de mes révoltes, je me suis reproché de ne pouvoir t'aimer comme tu le mérites. Voilà tout ce que je peux te dire, Zilla, et ce n'est rien pour toi. Si tu étais ma pareille, je te dirais: Veux-tu ma vie? Mais la vie d'un homme est peu de chose pour celle qui a vu tomber les générations dans l'abîme du temps.

XLV