Quand la fée revint le voir, il souffrait un peu et se plaignait faiblement. «J'ai bien de la peine à mourir, lui dit-il.—Tu peux hâter ta fin, lui répondit la fée. Pourquoi l'attendre, puisqu'elle est inévitable?» Maître Bonus sourit encore. «La vie est bonne jusqu'au dernier souffle, madame la fée, et la raison, d'accord avec Dieu, défend qu'on en retranche rien.—Et après? Que crois-tu trouver de l'autre côté de cette vie?—Je le saurai bientôt, dit le moribond; mais, tant que je l'ignore, je ne m'en tourmente pas.»

LXXXVI

Zilla le vit bientôt mourir. Ce fut comme une lampe qui s'éteint. Hermann et Bertha amenèrent leurs enfants pour donner un baiser à son front d'ivoire. «Que faites-vous donc là? dit la fée.—Nous respectons la mort, répondit Bertha, et nous bénissons l'âme qui s'en va.—Et où va-t-elle? demanda encore la fée inquiète.—Dieu le sait, répondit la femme.—Mais vous, ne craignez-vous rien pour cette âme de votre ami?—On m'a appris à espérer.—Et toi, Hermann?—Vous ne m'avez rien appris là-dessus, répondit-il; mais Bertha espère, et je suis tranquille.»

LXXXVII

Zilla comprit la douceur de cette mort naturelle après l'accomplissement de la vie naturelle; mais la mort violente, la mort imprévue, la mort du jeune et du fort, elle en était effrayée, et elle souhaita de consulter la reine. Cependant la reine ne reparaissait pas, et Zilla n'osait retourner vers elle. Une nuit, son fantôme vint l'appeler; elle le suivit et trouva sa grande amie paisible et souriante au fond de son palais de saphir. «Zilla, lui dit-elle, l'heure est venue, il faut que tu m'assistes.

LXXXVIII

«Mais auparavant je veux te donner beaucoup de secrets que j'ai découverts pour guérir les maladies, panser les blessures, et tout au moins diminuer les souffrances. Tu les donneras à Hermann, afin qu'autant que possible il détourne de lui et des siens la mort prématurée et la souffrance inutile. Dis-lui d'abord qu'il cherche à nous surpasser dans cette science, car l'homme doit s'aider lui-même et combattre éternellement. Ses maux sont le châtiment de son manque de sagesse et le résultat de son ignorance.

LXXXIX

«Par la sagesse, il détruira l'homicide; par la science, il repoussera la maladie. Adieu, ma sœur. Mourir n'est rien pour qui a bien vécu. Quant à moi, j'ignore à quel supplice je m'abandonne, car j'ai commis un grand crime; mais je ne dois pas craindre de l'expier et de refaire connaissance avec la douleur.—Vas-tu donc mourir? s'écria Zilla en cherchant à renverser la coupe fatale.—Je l'ignore, répondit la reine en la retenant d'une main ferme. Je sais qu'avec ce breuvage je détruis la vertu maudite de la coupe de vie.

XC