TISBEA.
J'entends: votre maître vous condamne à trop de jeûne?
QUINTANA.
Et son vœu de pauvreté nous impose trop maigre chère. Aussi, si j'ôtais la bure qui me couvre, vous verriez le soleil et la lune à travers mes côtes, et si l'on me mettait une mèche... n'importe où, l'huile rance dont je suis abreuvé ferait de moi une lampe pour éclairer notre chapelle. Vous voyez bien que vous ne courez aucun risque auprès d'un homme exténué de macérations, et que mes soupirs s'adressent moins à vos charmes qu'au panier que vous nous apportez.
TISBEA.
Je suis une grande sotte d'avoir oublié le pain et les fruits. Je n'apporte que des fleurs pour la madone.
QUINTANA.
Des fleurs! toujours des fleurs! Je mange tant d'herbes et de plantes que quelque jour on me verra, pour sûr, enfanter un printemps...
TISBEA, mettant ses fleurs à la madone.
Dites au saint ermite de prier pour que mon vœu s'accomplisse, et priez aussi; je vous apporterai demain un fromage de ma chèvre.