XXVI

Le chien au contraire était propre et avenant. Son intelligence avait grandi dans le dévouement de l'amitié. La fée eut envie d'abandonner l'enfant et d'emmener le chien. Et puis elle se souvint un peu du passé et résolut de civiliser l'enfant à sa manière; mais il fallait se décider à lui parler, et elle ne savait quelle chose lui dire. Elle connaissait bien sa langue, elle n'était pas des moins savantes; mais elle ne se faisait guère d'idée des raisons que l'on peut donner à un enfant pour changer ses instincts.

XXVII

Elle essaya. Elle lui dit d'abord: «Souviens-toi que tu appartiens à une race inférieure à la mienne.» L'enfant se souvint de ce qu'il était et lui répondit: «Tu es donc impératrice? car, moi, je suis prince.» La fée reprit: «Je veux te faire plus grand que tous les rois de la terre.» L'enfant répondit: «Rends-moi à ma mère qui me cherche.» La fée reprit: «Oublie ta mère et n'obéis qu'à moi.» L'enfant eut peur et ne répondit pas. La fée reprit: «Je veux te rendre heureux et sage, et t'élever au-dessus de la nature humaine.» L'enfant ne comprit pas.

XXVIII

La fée essaya autre chose. Elle lui dit: «Aimais-tu ta mère?—Oui, répondit l'enfant.—Veux-tu m'aimer comme elle?—Oui, si vous m'aimez.—Que me demandes-tu là? dit la fée souriant de tant d'audace. Je t'ai tiré du glacier où tu serais mort; je t'ai défendu contre les vieilles fées qui te haïssaient, et caché ici où elles ne songent plus à toi. Je t'ai donné un baiser, bien que tu ne sois pas mon pareil. N'est-ce pas beaucoup, et ta mère eût-elle fait pour toi davantage?—Oui, dit l'enfant, elle m'embrassait tous les jours.»

XXIX

La fée embrassa l'enfant, qui l'embrassa aussi en lui disant: «Comme tu as la bouche froide!» Les fées sont joueuses et puériles comme les gens qui n'ont rien à faire de leur corps. Zilla essaya de faire courir et sauter l'enfant. Il était agile et résolu, et prit d'abord plaisir à faire assaut avec elle; mais bientôt il vit des choses extraordinaires. La fée courait aussi vite qu'une flèche, ses jambes fines ne connaissaient pas la fatigue, et l'enfant ne pouvait la suivre.

XXX

Quand elle l'invita à sauter, elle voulut, pour lui donner l'exemple, franchir une fente de rochers; mais, trop forte et trop sûre de ne pas se faire de mal en tombant, elle sauta si haut et si loin que l'enfant épouvanté alla se cacher dans un buisson. Elle voulut alors l'exercer à la nage, mais il eut peur de l'eau et demanda une nacelle, ce qui fit rire la fée, et lui, voyant qu'elle se moquait, se sentant méprisé et par trop inférieur à elle, il lui dit qu'il ne voulait plus d'elle pour sa mère.