Pour ma part, je les avais entièrement perdus de vue depuis longtemps, lorsqu'un matin on m'annonça M. Jean Valreg.
Je vis entrer un garçon d'une vingtaine d'années dont la taille et la figure n'avaient, au premier abord, rien de remarquable. Il était timide, mais plutôt réservé que gauche, et, voulant le mettre à l'aise, j'y parvins très-vite en m'abstenant de l'examiner et en me bornant à le questionner.
—Je me souviens de vous avoir vu souvent quand vous étiez un enfant, lui dis-je; est-ce que vous vous souvenez de moi?
—C'est parce que je m'en souviens très-bien, répondit-il, que je me permets de venir vous voir.
—Vous me faites plaisir: j'aimais beaucoup et j'estimais infiniment votre père.
—Ton père! reprit-il avec un abandon qui me gagna le coeur tout de suite. Autrefois, vous me disiez tu, et je suis encore un enfant.
—Soit! ton pauvre père t'a quitté bien jeune! Par qui as-tu été élevé depuis?
—Je n'ai pas été élevé du tout. Deux tantes se disputèrent ma soeur…
—Qui est mariée, sans doute?
—Hélas, non! Elle est morte. Je suis seul au monde depuis l'âge de douze ans; car c'est être seul que d'être élevé par un prêtre.