—Que faites-vous là? lui dis-je en entrant, avec un peu de dureté.
Elle me regarda avec un mélange de décision et de douceur qui paraît être dans son caractère comme sur sa physionomie.
—Je nettoie et je range votre appartement, répondit-elle, comme je faisais à Rome, pendant que vous étiez malade.
Le souvenir des soins empressés et intelligents de cette bonne fille me fit rougir de ma brusquerie.
—Ma chère enfant, lui dis-je, asseyez-vous, et causons. Je veux savoir comment je suis la cause de votre séparation d'avec la famille B***. Vous avez dit, à ce sujet, ce que vous avez cru devoir dire; il faut que je le sache, afin de redresser la vérité si vous vous êtes trompée en ce qui me concerne.
—C'est aisé à dire, répondit-elle avec assurance. Vous avez fait le projet d'épouser la Medora. Comme vous avez beaucoup d'esprit, vous avez deviné que, pour la rendre amoureuse de vous, elle qui n'a jamais pu être amoureuse de personne, il fallait faire semblant de devenir amoureux d'une autre, sous son nez, et vous avez réussi à le lui persuader. Moi, j'aurais été sacrifiée à ce jeu-là, si j'avais eu affaire à de mauvais maître; mais lady Harriet est généreuse, et, avec ce qu'elle m'a donné en me congédiant, j'aurais tort de me plaindre. N'est-ce pas là ce que j'ai dit, ma tante Mariuccia?
—Peut-être, répondit la tante; mais j'avais compris que le signore te plaisait, et je pensais que tu lui avais plu. À présent, si les choses vont autrement, s'il doit épouser l'Anglaise et que ton dos lui ait servi d'échelle, il te devra un beau cadeau de noces, et tout est dit.
Bien que l'explication de la Daniella dût couper court à toute pensée d'alliance entre elle et moi dans l'esprit de ses parents, je ne pus supporter le plan ridiculement fourbe qu'elle m'attribuait à l'égard de sa maîtresse. Je crus devoir m'en expliquer avec elle.
—Ma chère, lui dis-je, il vous a plu d'interpréter ma conduite dans un sens que je désavoue absolument. Je n'ai pas fait semblant d'être épris de vos charmes. C'a été une plaisanterie dont j'étais loin de prévoir les conséquences et que personne, je l'espère encore, n'a prise au sérieux. Quoi qu'il en soit, j'ai eu un grand tort, puisque le résultat de ceci a été une mésintelligence momentanée entre vous et des personnes auxquelles vous deviez être attachée. Je suis assez coupable sans que vous me prêtiez un projet aussi absurde et aussi cupide que celui de vouloir me faire aimer d'une personne trop riche pour moi et que je ne connais pas assez pour l'aimer moi-même. Je vous prie donc, dans vos épanchements avec votre nombreuse famille, de ne pas me faire jouer inutilement ce vilain rôle.
—Inutilement! reprit-elle en français, français qu'il me faut vous traduire plus que si c'était de l'italien. Vous consentiriez cependant à ce que je le fisse utilement?