Mondragone, du 1er au 15 mai.
-Je ne veux, ni ne dois vous quitter, répondis-je; laissez-moi aller avertir ma femme.
-Votre femme? Vous êtes donc marié?
-Oui, je suis lié par une parole qui vaut un acte.
-Eh bien, allez chercher la Daniella, dites-lui que je la prie de venir soigner ma femme. Je sais que, maintenant, elle ne servira plus personne pour de l'argent. C'est donc une marque d'amitié que je lui demande. Lady Harriett en a toujours eu pour elle, et l'eût gardée si Medora n'eût déclaré qu'elle quitterait la maison si on ne laissait partir la pauvre fille. A présent, si Medora veut partir encore, qu'elle parte! C'est un être qui n'a ni coeur ni tête, et je ne tiens pas, moi, à empêcher de nouvelles folies de sa part. Allez, mon ami; dites à Daniella que milady est mal soignée, mécontente de ses autres femmes, et que nous avons besoin d'elle. Elle est généreuse, elle viendra!
—Oui certes, elle va venir! m'écriai-je en reprenant ma course vers
Mondragone.
Il était temps que je vinsse au secours de la Mariuccia. Daniella devinait la présence de Medora à Piccolomini. L'orage allait éclater. J'allai au-devant du coup.
—Miss Medora est là en effet, lui dis-je, et très-indifférente à l'état inquiétant de lady Harriet. Il faut, auprès de cette pauvre femme et auprès de son mari, deux coeurs dévoués. On nous demande, toi et moi; mets ton châle et viens!
Elle n'eut pas un moment d'hésitation, et, une demi-heure après, nous arrivions tous trois à Piccolomini.
—Nous trouvâmes lady Harriet dans la grande chambre du rez-de-chaussée entourée de son mari, de sa nièce et de Brumières, qui causaient tranquillement avec elle. Lady Harriet n'était ni maigrie ni sérieusement changée. Sauf un éclat singulier dans le regard, sa maladie, rapide et violente, la laissait parfaitement calme et même enjouée dans l'intervalle des accès. Elle était loin de se douter qu'elle n'eût peut-être que quelques heures à vivre.