—Rien du tout. Pourquoi?

—Ne lui laissez rien voir, hein? Si elle découvre que vous avez du talent, elle ne m'en trouvera plus du tout.

Il tourna longtemps autour de moi avec des compliments exagérés, mais naïfs comme tous ses premiers mouvements, et finit par me dire, avec chagrin, que, depuis son arrivée à Rome, il n'avait pas touché un pinceau.

—Et j'y venais pourtant avec la résolution de travailler; car, à Paris, voilà deux ans que je vas dans le monde et que je n'entre guère dans mon atelier. J'ai besoin d'avoir du talent, car je n'ai pas la moindre fortune, et la littérature d'agrément que je fais ne me rapporte rien. J'ai toujours rêvé des choses difficiles, et pendant que je sois aux prises avec mes rêves ambitieux, le temps se passe et les résultats s'éloignent.

—Vous êtes dans un jour de spleen; demain, vous parlerez autrement.

—J'ai peur du contraire. Medora me traite comme un domestique qu'on essaye.

—Ou comme un mari qu'on éprouve?

—Vous voulez me consoler; mais je suis tout démonté. On nous avait promis du café; voulez-vous que j'aille le chercher?

—Non, j'y va

—Je vois bien que vous êtes un tigre! reprit-il quand je revins avec le café que Daniella avait préparé et qu'elle savait bien que j'irais chercher moi-même. Je le comprends; mais ne vous inquiétez donc pas de moi. Je suis un homme trop occupé pour être dangereux. D'une part, mon état de chien fidèle et parfois grognon auprès de ma princesse; de l'autre, une petite sotte d'aventure pour passer le temps et prendre patience. Vous connaissez la Vincenza?