—A quoi pensez-vous? lui demandai-je. Ce n'est pas le moment de s'arrêter.
—Croyez-vous réellement, dit-il, que ce gros joufflu, avec son rire bête, ait, dans son front court, la fâcheuse pensée, et, dans le caractère, l'énergie désagréable de m'envoyer une balle?
—Moi, répondis-je, je ne crois pas qu'il ait cette pensée. Quant à l'énergie nécessaire pour se venger, je peux vous dire qu'il l'a à un degré très-prononcé.
Je songeais, en ce moment, à l'espèce de rage atrocement joviale avec laquelle Felipone avait craché à la figure de Masolino criblé par lui de chevrotines et couché dans le sang, à ses pieds.
—Et moi, dit Daniella, en prenant le bras de notre ami pour le forcer à avancer, je vous répète, je vous jure que mon parrain veut vous tuer.
—Il vous l'a dit?
—S'il me l'avait dit, c'est qu'il ne serait pas décidé à le faire. Ce que l'on veut faire, on n'en parle pas, et s'il avait laissé paraître quelque chose de son dessein, c'est qu'il ne serait pas encore mûr.
—Mais, s'il n'en dit rien et s'il n'en laisse rien paraître, comment pouvez-vous le supposer?
—Pour voir ce qu'un Italien a au fond des yeux, répondit Daniella marchant toujours, il faut des yeux italiens. J'ai vu ce que pensait mon parrain dans le redoublement de sa gaieté. Il souffre bien allez!
—Pauvre cher homme! dit en riant Brumières.