—Mes bons enfants, j'ai à vous annoncer une nouvelle qui vous surprendra bien. Déjà j'ai dit la chose à Daniella sans vouloir nommer la personne! Elle a eu l'air de ne pas me croire; mais vous allez voir! Un ami que l'on croyait perdu est retrouvé, et, si vous le voulez bien, je vas le chercher pour le faire souper avec nous!…

—Qui? demandai-je.

—N'importe, dis que non! murmura Daniella, à mon oreille. Il veut nous quitter; c'est un prétexte.

—J'y vais avec vous, répondis-je en m'adressant au fermier. J'en aurai plus tôt la surprise.

—Ça n'est pas la peine, répondit-il; je l'entends qui met le couvert.
Il est là.

En effet, un bruit d'assiettes se faisait entendre dans la petite salle à manger. J'y entrai. Un domestique, en habit noir tout neuf et en manchettes d'un blanc irréprochable, avait la figure tournée vers le buffet; mais sa petite taille et sa tournure hasardée étaient trop remarquables pour que je pusse hésiter à le reconnaître.

—Tartaglia! m'écriai-je en courant à lui.

—Non plus Tartaglia, mossiou, me dit-il en me saluant avec une grâce bouffonne, mais Benvenuto, comme on me nomme dans les autres pays. Benvenuto, premier valet de chambre, homme de confiance, et, sous peu, intendant de la maison de Son Altesse le prince de Monte-Corona, à Gênes!

—Quoi! tu es entré au service de ce bon prince? Où est-il? comment va-t-il?

—Il se porte bien, et il réside à Gènes, comme je vous le dis.