Nous laissâmes le capucin en prières devant une Vierge Louis XV qui est sous le portique, et nous retournâmes à notre soupirail, munis de la corde à noeuds et de deux bougies.

Tout allait bien; la petite voûte n'avait pas bougé: aucune partie de l'édifice n'avait fléchi. Nous descendîmes sans peine dans la cave. Nous montâmes sur le tas de décombres qui obstrue l'arcade, et nous parvînmes, en un quart d'heure de travail, à en déblayer assez pour nous faire un passage. Tartaglia cause plus qu'il ne travaille. La fatigue du pionnier lui est très-antipathique; mais il m'anime par son babil, que j'arrive à trouver très-divertissant.

L'arcade, devenue praticable, me semble être une découverte assez sérieuse. Elle s'ouvre sur une galerie qui tourne en demi-cercle et qui a dû servir de lit artificiel à un courant d'eau destiné à alimenter cette fameuse cuisine que nous cherchons.

Cette galerie est large de cinq pieds et haute de quinze ou vingt. C'est un ouvrage magnifique. La voûte est en très-bon état. Des dépôts sédimenteux sur les parois attestent le passage et le séjour des eaux. Pourtant l'élévation de la voûte ferait croire que c'était un passage pour des cavaliers lansquenets.

Nous marchâmes à la lueur de nos bougies pendant environ cinq minutes, et, autant que j'en puis juger, nous étions sous le terrazzone; nous en suivions le mouvement demi-circulaire. Aucun bruit ne parvenait jusqu'à nous.

Nous chantions déjà victoire, lorsque nous fûmes arrêtés net par un écroulement qui me parut dater de plusieurs années. La voûte avait cédé. L'eau filtrant, du terrazzone probablement, avait à la longue causé ce désastre. Le sol était inondé d'une flaque où nous l'entendions tomber goutte à goutte.

—Ou bien encore, me dit Tartaglia, c'est un craquement souterrain, résultat d'un tremblement de terre.

—Peu importe la cause, répondis-je. Il s'agit de savoir si nous pourrons triompher de l'accident.

Je revins sur mes pas, je les comptai, j'observai le mouvement de la galerie, je consultai les souvenirs et les observations de mon compagnon sur la forme et l'étendue extérieure de la terrasse. Nous n'en pouvions plus douter, nous étions tout près de la face extérieure centrale. La voûte qui nous abritait supportait l'immense et magnifique balustrade qui entoure l'esplanade. Une porte, une issue, une bouche quelconque devait être là, devant nous, sous cet éboulement. Il fallait le traverser.

—Nous le pourrons, dis-je à Tartaglia; il faut le pouvoir! Nous étudierons avec soin la superposition des blocs écroulés. Nous ne toucherons pas à ceux qui nous préservent d'un prolongement de rupture dans la voûte; nous fouirons pierre à pierre, et nous creuserons, parmi ces débris, un couloir suffisant!