—Qu'est-ce que cela me fait? pensai-je pendant que le prince passait entre nous pour me remercier et pour faire à Medora de timides reproches. J'entendis qu'elle lui répondait sèchement et je me hâtai d'aller reprendre mon rang dans la caravane.
XL
Il était deux heures du matin quand nous arrivâmes à une petite villa près d'Albano. Là, nos fugitifs devaient prendre, chez une personne amie qui les attendait, une petite voiture, où le prince, le docteur et la signora feraient le reste du trajet jusqu'à la mer, par les chemins de traverse. Tous les chevaux étaient loués ou prêtés, et devaient être dispersés et laissés à certaines stations convenues sur la côte. Otello seul devait être embarqué, comme l'inséparable serviteur de Medora. Je fus donc très-étonné lorsqu'elle m'offrit de me le laisser.
—Cette bête gênera et retardera notre embarquement, dit-elle au prince, qui ne s'étonnait pas moins que moi. Ce sera, dans un aussi petit bâtiment que celui qui doit nous emporter, un compagnon très-incommode et peut-être dangereux.
—Tout a été prévu, répondit-il, et tout doit être disposé en conséquence. J'aimerais mieux me jeter à la mer que d'être cause pour vous d'un petit chagrin, et, puisque vous ne regrettiez dans votre fuite que ce beau compagnon…
—Je regrette autre chose, dit Medora d'un ton singulier, c'est de n'avoir pas réfléchi… à l'ennui qu'il nous causera. Décidément, monsieur Valreg, je vous le laisse, je vous le donne; acceptez-le comme un souvenir de moi.
—Eh! bon Dieu! qu'en ferais-je à Mondragone? m'écriai-je naïvement.
—Felipone le logera et le soignera; ou bien il restera dans cette maison, où je vais dire qu'il vous appartient et que vous viendrez le reprendre.
—Vous oubliez, madame, que, soit à Mondragone, soit partout ailleurs, le soin de me nourrir moi-même l'emportera nécessairement sur celui de nourrir un quadrupède de cette taille…
—Eh bien, reprit-elle avec impatience, si c'est un embarras pour vous, vous le vendrez, il est à vous!