—Non! Dieu a permis que ce ne fût pas moi.

—Felipone m'a dit cela, et j'espère que c'est vrai.

—Il t'a dit la vérité. Masolino a été tué avec des chevrotines, et mon fusil était chargé à balle.

—Que Dieu en soit béni! Mais ne crois pas que, s'il en eût été autrement, j'eus cessé de t'appartenir. Quand même il eût été le meilleur des frères, quand même tu l'aurais assassiné par méchanceté, il ne dépendrait pas de moi de t'aimer moins pour cela. Tu pourrais bien faire un crime et mériter la mort, je te suivrais sur l'échafaud. Oh! oui, j'aimerais mieux mourir avec toi que de cesser de t'aimer.

LXIII

Je devais donc rester caché à la Maledetta jusqu'à ce que l'on eût fait une perquisition à Mondragone. Si la galerie souterraine n'était pas découverte, j'y rentrerais la nuit suivante. Dans le cas contraire, on aviserait à me trouver un autre refuge ou un moyen de fuir. Mais la meilleure éventualité était celle de pouvoir rentrer ensemble dans notre chère prison de Mondragone, jusqu'à ce qu'on se fût lassé de faire des recherches aux environs, car le désappointement de ne trouver personne dans le château amènerait certainement des ordres pour que les recherches fussent réelles et sévères.

—Felipone m'a chargée, ajouta Daniella, de l'excuser auprès de toi de son manque de parole. Il n'aura pas trop de cette nuit pour faire disparaître toutes les traces du séjour des ses hôtes dans la grande cuisine, bien qu'il dise que les agents de police seront fins s'ils y pénètrent. Il m'a tout confié; il est sûr de moi. Quant à ton séjour dans le casino, il n'en reste pas vestige, non plus que dans l'atelier. Tartaglia s'est chargé de tout cela.

—Mais lui, où se cachera-t-il?

—C'est son affaire; il m'a dit de n'être pas en peine de lui.

—Ah! mon dieu, m'écriai-je, frappé pour la seconde fois d'un souvenir qui arrivait immanquablement après tous les autres. Et ton oncle le capucin?