«Le soin que ma mère prenait de mes cheveux m'avait habituée à considérer la chevelure d'une femme comme une chose très-précieuse; et lorsque je l'entendis donner une partie de la sienne, je fus prise d'un sentiment de jalousie et de chagrin, comme si elle se fût dépouillée d'un bien qu'elle ne devait sacrifier qu'à moi. Je me mis à pleurer silencieusement; mais, entendant qu'on s'approchait de mon lit, j'essuyai bien vite mes yeux et feignis de dormir. Alors on entr'ouvrit mes rideaux, et je vis un homme habillé de rouge que je ne reconnus pas d'abord, parce que je ne l'avais pas encore vu sous ce costume: j'eus peur de lui; mais il me parla, et je le reconnus bien vite; c'était… Lélio! vous oublierez cette histoire, n'est-ce pas?

—Eh bien! signora?… m'écriai-je en serrant convulsivement sa main.

—C'était Nello, notre gondolier… Eh bien! Lélio, qu'avez-vous? Vous frémissez, votre main tremble… O ciel! vous blâmez beaucoup ma mère!…

—Non, signora, non, répondis-je d'une voix éteinte; je vous écoute avec attention. La scène se passait à Venise?

—Vous l'avais-je dit?

—Je crois que oui; et c'était au palais Aldini, sans doute?

—Sans doute, puisque je vous dis que c'était dans la chambre ma mère…
Mais pourquoi cette émotion, Lélio?

—O mon Dieu! ô mon Dieu! vous vous appelez Alezia Aldini?

—Eh bien! à quoi songez-vous? dit-elle avec un peu d'impatience. On dirait que vous apprenez mon nom pour la première fois.

—Pardon, signora, votre nom de famille… Je vous avais toujours entendu appeler Grimani à Naples.