Montrez-la tout de suite, car nous sommes en méfiance.

LE FOSSOYEUR

Eh bien, ouvrez une porte ou une fenêtre, qu’on vous passe la bête.

LE CHANVREUR

Oh! que nenni! pas si sot! Je vous regarde par un petit pertuis! et je ne vois parmi vous ni chasseurs, ni gibier.

Ici un garçon bouvier, trapu et d’une force herculéenne, se détacha du groupe où il se tenait inaperçu, éleva vers la lucarne une oie plumée, passée dans une forte broche de fer, ornée de bouquets de paille et de rubans.

—Oui-da! s’écria le chanvreur, après avoir passé avec précaution un bras dehors pour tâter le rôt; ceci n’est point une caille, ni une perdrix; ce n’est ni un lièvre, ni un lapin; c’est quelque chose comme une oie ou un dindon. Vraiment, vous êtes de beaux chasseurs! et ce gibier-là ne vous a guère fait courir. Allez plus loin, mes drôles! toutes vos menteries sont connues, et vous pouvez bien aller chez vous faire cuire votre souper. Vous ne mangerez pas le nôtre.

LE FOSSOYEUR

Hélas! mon Dieu, où irons-nous faire cuire notre gibier? C’est bien peu de chose pour tant de monde que nous sommes; et, d’ailleurs, nous n’avons ni feu ni lieu. A cette heure-ci toutes les portes sont fermées, tout le monde est couché; il n’y a que vous qui fassiez la noce dans votre maison, et il faut que vous ayez le cœur bien dur pour nous laisser transir dehors. Ouvrez-nous, braves gens, encore une fois; nous ne vous occasionnerons pas de dépenses. Vous voyez bien que nous apportons le rôti; seulement un peu de place à votre foyer, un peu de flamme pour le faire cuire, et nous nous en irons contents.

LE CHANVREUR