Les assiégeants, de leur côté, faisaient rage: ils déchargeaient leurs pistolets dans les portes, faisaient gronder les chiens, frappaient de grands coups sur les murs, secouaient les volets, poussaient des cris effroyables; enfin c’était un vacarme à ne pas s’entendre, une poussière et une fumée à ne se point voir.
Pourtant cette attaque était simulée: le moment n’était pas venu de violer l’étiquette. Si l’on parvenait, en rôdant, à trouver un passage non gardé, une ouverture quelconque, on pouvait chercher à s’introduire par surprise, et alors, si le porteur de la broche arrivait à mettre son rôti au feu, la prise de possession du foyer ainsi constatée, la comédie finissait et le fiancé était vainqueur. Mais les issues de la maison n’étaient pas assez nombreuses pour qu’on eût négligé les précautions d’usage, et nul ne se fût arrogé le droit d’employer la violence avant le moment fixé pour la lutte.
Quand on fut las de sauter et de crier, le chanvreur songea à capituler. Il remonta à sa lucarne, l’ouvrit avec précaution, et salua les assiégeants désappointés par un éclat de rire.
—Eh bien, mes gars, dit-il, vous voilà bien penauds! Vous pensiez que rien n’était plus facile que d’entrer céans, et vous voyez que notre défense est bonne. Mais nous commençons à avoir pitié de vous, si vous voulez vous soumettre et accepter nos conditions.
LE FOSSOYEUR
Parlez, mes braves gens; dites ce qu’il faut faire pour approcher de votre foyer.
LE CHANVREUR
Il faut chanter, mes amis, mais chanter une chanson que nous ne connaissions pas, et à laquelle nous ne puissions pas répondre par une meilleure.
—Qu’à cela ne tienne! répondit le fossoyeur, et il entonna d’une voix puissante:
Voilà six mois que c’était le printemps,