—Moi, je n'y vais pas, et par conséquent ni vous non plus. Henry, vous avez fait une faute, il faut que vous la répariez. Vous m'avez suscité une horrible contrariété; votre conscience vous ordonne de m'aider à la supporter. Vous dînez avec moi à Saint-Sauveur.
—Que le diable m'emporte si je le fais! s'écria Henry; je suis amoureux fou depuis hier soir de la petite Bordelaise dont je me suis tant moqué hier matin. Je veux aller à Luchon, car elle y va: elle montera mon yorkshire, et elle fera crever de jalousie votre grande aquitaine Margaret Ellis.
—Écoutez, Henry, dit Lionel d'un air grave; vous êtes mon ami?
—Sans doute; c'est connu. Il est inutile de nous attendrir sur l'amitié dans ce moment-ci. Je prévois que ce début solennel tend à m'imposer....
—Écoutez-moi, vous dis-je, Henry; vous êtes mon ami, vous vous applaudissez des événements heureux de ma vie, et vous ne vous pardonneriez pas légèrement, je suppose, de m'avoir causé un préjudice, un malheur véritable?
—Non, sur mon honneur! Mais de quoi est-il question?
—Eh bien! Henry, vous faites manquer peut-être mon mariage.
—Allons donc! quelle folie! parce que j'ai dit à ma cousine que vous aviez ses lettres, et qu'elle vous les réclame? Quelle influence lady Lavinia peut-elle exercer sur votre vie après dix ans d'oubli réciproque? Avez-vous la fatuité de croire qu'elle ne soit pas consolée de votre infidélité? Allons donc, Lionel! c'est par trop de remords! le mal n'est pas si grand! il n'a pas été sans remède, croyez-moi bien....»
En parlant ainsi, Henry portait nonchalamment la main à sa cravate et jetait un coup d'oeil au miroir; deux actes qui, dans le langage consacré de la pantomime, sont faciles à interpréter.
Cette leçon de modestie, dans la bouche d'un homme plus fat que lui, irrita sir Lionel.