Nous laissâmes tout, même nos manteaux de voyage et nos armes. Nous jetions tout par terre avec une hâte fiévreuse, délirante. Nous n'avions qu'une pensée, courir plus vite au bas de la montagne et retrouver notre ami. On nous trompait peut-être! on l'assassinait peut-être pendant que nous laissions tout pour le sauver. On allait peut-être nous assassiner aussi quand on nous verrait seuls et désarmés. N'importe; une chance de salut pour Moranbois et cent contre nous, il ne fallait pas hésiter.

Le bandit, qui m'avait suivi, était là perché sur une roche, le fusil armé entre les mains. Nous ne faisions aucune attention à lui. Quand il se fut assuré que nous n'emportions rien et que nous y mettions une conscience exaltée, il daigna nous crier: «Merci, Excellences!» d'un air de courtoisie dérisoire qui nous fit partir d'un rire nerveux.

—Lui, lui! s'écria Impéria en tendant au bandit son bracelet de diamants qu'elle était sur le point d'emporter à son bras par mégarde. Ceci pour vous! sauvez notre ami!

Le drôle sauta comme un chat, prit le bracelet et voulut baiser la main qui le lui tendait.

—Lui, lui! répéta Impéria en reculant.

—Courez, reprit-il, courez!

Et il disparut.

Il s'en allait à vol d'oiseau, et nous avions un long circuit à faire. Enfin nous arrivâmes éperdus au lieu désigné. Moranbois était là, couché en travers du sentier, toujours bâillonné, évanoui, les mains liées. Nous nous hâtâmes de le délier et de l'examiner. On nous avait tenu parole, on ne lui avait fait aucun mal; mais les efforts qu'il avait faits pour se dégager l'avaient épuisé. Il fut plus d'une heure sans reprendre connaissance.

Nous l'avions emporté jusqu'à la plaine, car nous avions vu de loin une trentaine de bandits s'abattre sur nos dépouilles, et nous avions peur qu'il ne leur prît fantaisie de venir nous enlever nos habits, peut-être outrager les femmes. Évidemment ils étaient lâches, puisqu'ils avaient agi par ruse; mais nous n'étions plus à craindre, grâce au soin qu'ils avaient pris de nous faire abandonner nos armes.

Quand nous nous trouvâmes en vue de quelques misérables habitations, notre première pensée fut d'y courir; puis nous craignîmes de nous trouver chez des affiliés d'une bande qui venait détrousser les voyageurs à si peu de distance, nous nous jetâmes dans un massif de buis et de lentisques. Nous ne pouvions plus porter Moranbois, nous ne pouvions plus soutenir les femmes. Nous nous laissâmes tous tomber par terre. Moranbois revint à lui, et, au bout d'une heure de repos, où nous n'échangeâmes pas une parole dans la crainte d'attirer de nouveaux ennemis, nous recommençâmes à marcher dans une plaine aride semée de pierres. Nous voulions gagner un petit bois que nous apercevions devant nous, sur la droite de la route; quand nous y arrivâmes, il faisait nuit.