—Écoutez, mon ami, reprit-elle sans me donner le temps de lui répondre, je crois que j'aime Célio! voilà pourquoi, en vous faisant cet aveu, je crois avoir le droit de vous adresser une prière humble et fervente au nom de l'affection la plus désintéressée qui fut jamais: fuyez la duchesse de ***; détachez-vous d'elle, ou vous êtes perdu!
—Je le sais, répondis-je, et je vous remercie, ma chère Cécilia, de me conserver ce tendre intérêt; mais ne craignez rien, ce lien funeste n'a pas été contracté; votre douce voix, une inspiration de votre coeur généreux et quatre phrases du divin Mozart m'en ont à jamais préservé.
—Vous les avez donc entendues? Dieu soit loué!
—Oui, Dieu soit loué! repris-je, car ce chant magique m'a attiré jusqu'ici à mon insu, et j'y ai trouvé le bonheur.
Cécilia me regarda avec surprise.
—Je m'expliquerai tout à l'heure, lui dis-je; mais, vous, vous avez encore quelque chose à me dire, n'est-ce pas?
—Oui, répondit-elle, je vous dirai tout, car je tiens à votre estime, et, si je ne l'avais pas, il manquerait quelque chose au repos de ma conscience. Vous souvenez-vous qu'à Vienne, la dernière fois que nous nous y sommes vus, vous m'avez demandé si j'aimais Célio?
—Je m'en souviens parfaitement, ainsi que de votre réponse, et vous n'avez pas besoin de vous expliquer davantage, Cécilia. Je sais fort bien que vous fûtes sincère en me disant que vous n'y songiez pas, et que votre dévouement pour lui prenait sa source dans les bienfaits de la Floriani. Je comprends ce qui s'est passé en vous depuis ce jour-là, parce que je sais ce qui s'est passé en lui.
—Merci, ô merci! s'écria-t-elle attendrie; vous n'avez pas douté de ma loyauté?
—Jamais.