—Non, Monsieur! dit sèchement le meunier.

—Tu es un niais, mon garçon. Cinq cents francs dans la poche d'un honnête homme valent mieux qu'une bourrée dans la poussière. Tu tiens donc bien à danser avec ma fille?

—J'y tiens pour mon honneur, monsieur Bricolin. J'ai toujours dansé la bourrée avec elle devant tout le monde. Personne ne l'a trouvé mauvais, et si je recevais d'elle maintenant l'affront d'un refus, on croirait aisément ce que trompette déjà votre femme, à savoir que je suis un malhonnête et un malappris. Je ne veux pas être traité comme ça. C'est à vous de savoir si vous voulez me fâcher, oui ou non.

—Danse avec Rose, mon garçon, danse! s'écria le fermier avec une joie mêlée de malice profonde, danse tant que tu voudras! s'il ne faut que cela pour te contenter!...

—Eh bien, nous verrons! pensa le meunier, satisfait de sa vengeance. Voilà la dame de Blanchemont qui vient par ici, dit-il. Votre femme, avec son esclandre, ne m'a pas donné le temps de lui rendre compte de ses commissions. Si elle me parle de ses affaires, je vous dirai ses intentions.

—Je te laisse avec elle, dit M. Bricolin en se levant. N'oublie pas que tu peux les influencer, ses intentions! Les affaires l'ennuient, elle a hâte d'en finir. Fais-lui bien comprendre que je serai inébranlable.... Moi, je vas trouver la Thibaude pour lui faire la leçon en ce qui te concerne.

—Double coquin! se dit le Grand-Louis, en voyant s'enfuir lourdement le fermier; compte sur moi pour te servir de compère! Oui-da! pour m'en avoir cru seulement capable, je veux qu'il t'en coûte cinquante mille francs, et vingt mille en plus.

XXI.

LE GARÇON DE MOULIN.

—Ma chère dame dit en toute hâte le meunier qui entendait Rose venir derrière Marcelle, j'ai deux cents choses à vous dire, mais je ne peux pas débiter tout cela en deux minutes! Ici d'ailleurs (je ne parle pas de mademoiselle Rose), les murs ont des oreilles très-longues, et si je vas me promener seul avec vous, ça donnera des soupçons sur certaines affaires.... Enfin, il faut que je vous parle, comment ferons-nous?