—Je m'en doutais, c'est cela! c'est la folle du château. Faut-il que je sois étourdi de ne pas avoir prévu que vous pouviez la rencontrer ici? Vrai, cela m'était sorti de la tête! Nous sommes si accoutumés à la voir trotter le soir comme une vieille belette, que nous n'y faisons plus d'attention. Et pourtant, c'est un malheur à fendre le coeur quand on y songe! Mais comment diable s'est-elle mise après vous? Elle a coutume de s'enfuir quand elle voit venir de son côté. Il faut que son mal ait empiré depuis peu; la dose était, pourtant assez bonne comme cela, pauvre fille!

—Quelle est donc cette infortunée créature?

—On vous contera cela plus tard. Doublons le pas, s'il vous plaît! vous avez l'air vanné de fatigue.

—Je crois que je me suis brisé les genoux en tombant.

—Pourtant, il y a là au bout du sentier quelqu'un qui s'impatiente à vous attendre, dit le meunier en baissant la voix encore plus.

—Oh! s'écria Lémor, je me sens plus léger que le vent de la nuit!

Et il se mit à courir.

—Doucement! dit le meunier en le retenant. Ne courez que sur l'herbe. Pas de bruit! Elle est là sous ce grand arbre. Ne quittez pas l'endroit. Je vas faire la ronde tout autour en cas de surprise.

—Y a-t-il donc quelque danger pour elle à venir ici? dit Lémor effrayé.

—Si je le pensais, je l'aurais bien empêchée d'y venir! Ils sont tous occupés, au château neuf de la fête de demain. Mais quand je ne servirais qu'à écarter la folle, s'il lui prend fantaisie de revenir vous tourmenter!