—A qui dites-vous ça, monsieur Bricolin? demanda Grand-Louis, dont les yeux se remplirent d'éclairs; car bien qu'il se fût dit, dès le début de cette scène: «Nous y voila! j'ai ce que je mérite jusqu'à un certain point,» il lui était impossible de supporter patiemment un outrage.

—Je dis cela à qui bon me semble! répondit Bricolin d'un air majestueux, mais, au fond, intimidé subitement.

—Si vous parlez à votre bonnet, peu m'importe! reprit Grand-Louis, essayant de se modérer.

—Voyez un peu cet enragé! répliqua M. Bricolin en se renfonçant dans le groupe de curieux qui se pressait autour de lui; ne dirait-on pas qu'il veut m'insulter parce que je lui défends de parler à ma fille? N'en ai-je pas le droit?

—Oui, oui! vous en avez parfaitement le droit, reprit le meunier en s'efforçant de s'éloigner; mais non pas sans m'en dire la raison, et j'irai vous la demander quand vous serez de sang-froid et moi aussi.

—Tu me fais des menaces, malheureux? s'écria Bricolin alarmé; et, prenant l'assemblée à témoin: «Il me fait des menaces!» ajouta-t-il d'un ton emphatique, et comme pour invoquer l'assistance de ses clients et de ses serviteurs contre un homme dangereux.

—Dieu m'en garde! monsieur Bricolin, dit Grand-Louis en haussant les épaules; vous ne m'entendez pas...

—Et je ne veux pas t'entendre. Je n'ai rien à écouter d'un ingrat et d'un faux ami. Oui, ajouta-t-il, voyant que ce reproche causait plus de chagrin que de colère au meunier, je te dis que tu es un faux ami, un Judas!

—Un Judas? non, car je ne suis pas un juif, monsieur Bricolin.

—Je n'en sais rien! reprit le fermier, qui s'enhardissait lorsque son adversaire semblait faiblir.