—Il y a que mon fils a grandement tort, et qu'il parle sans raison, répondit la mère Bricolin en se laissant tomber sur une chaise.

—Oui, oui, c'est le refrain de la vieille, dit le fermier, à qui la vue de sa moitié rendit une partie de sa colère. Assez causé! Le souper est-il prêt? Allons, Rose, as-tu faim?

—Non, mon père, dit Rose assez sèchement.

—C'est donc moi qui t'ai coupé l'appétit?

—Oui, mon père.

—C'est un reproche, ça?

—Oui, mon père, j'en conviens.

—Ah ça! dis donc, Rose, reprit le fermier, qui avait pour sa fille autant de condescendance que possible, mais qui, pour la première fois, la voyait un peu révoltée contre lui: tu le prends sur un ton qui ne me va guère. Sais-tu que ta mauvaise humeur me donnerait à penser? tu ne le voudrais pas, j'espère?

—Parlez, parlez, mon père. Dites ce que vous pensez; si vous vous trompez, mon devoir est de me justifier.

—Je dis, ma fille, que tu aurais mauvaise grâce de prendre le parti d'un manant de meunier, à qui je romprai mon rotin sur le dos un de ces quatre matins s'il rôde autour de ma maison.